La Saga des Rothschild

Tristan Gaston-Breton – Edition Tallandier

Au début des années 1990, Rothschild & Co. a beaucoup changé. Sur le plan humain notamment. En 1986, soit plus d’un quart de siècle après ses cousins anglais, David de Rothschild a nommé le premier associé-gérant n’appartenant pas à la famille. Il s’agit de Jacques Getten, fidèle entre les fidèles et fin connaisseur de la maison. S’il n’est pas de la famille, il n’en est cependant pas très éloigné. Ce n’est en revanche pas le cas de jean-Charles Naouri, associé en 1987.
Lui est totalement extérieur à la banque et à la famille. Âgé de 38 ans, énarque, normalien et docteur en mathématiques, il a été le directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy, ministre de l’Économie et des Finances, et a joué à ce titre un rôle clé dans la réforme des marchés financiers, réalisée entre 1984 et 1986. Marginalisé depuis la victoire de la droite, il rejoint la banque de  l’avenue Matignon à l’invitation de David qui le laisse créer en parallèle son propre fonds d’investisseme11ts, Foncière Euris. Les deux partenaires y trouvent leur compte, Euris profitant des informations de Rothschild et faisant en retour appel à ses services. Deux ans encore et David remporte un beau succès en convainquant Jean-Claude Meyer de rejoindre la Banque Rothschild comme associé-gérant. Entré chez Lazard Frères clans les années 1970 il est devenu directeur des affaires internationales puis gérant de la prestigieuse banque d’affaires. La prise est prestigieuse ! D’autre figures rejoignent la banque dans les années 19 3-1997: Christian de Labriffe, venu lui aussi de la Banque Lazard dont il étç1.it associé gérant, Nicolas Bazire, directeur de cabinet du Premier ministre Édouard Balladur lors de la seconde cohabitation (1993-1995), ou bien encore Françoi Henrot. À la Banque Rothschild ces hommes n’apportent pas seulement du sang neuf et des expertises de haute volée. Il lui ouvrent également leurs carnets d’adresses et leurs ésea1.1x au coeur de l’élite politique et économique. C’est alors que Rothschild commence à devenu- une « banque au pouvoir,. Cette évolution ne fera que s’amplifier dans le – années suivantes.

LA RENAISSANCE

pour l’heure, les nouveaux associés-gérants signent quelques nés des plus belles opérations réalisées par la banque de r.avenue Matignon durant les années 1990. En 1991, JeanClaude Meyer « pilote » ainsi l’acquisition de Suchard par
Philip Monis, première opération européenne d’envergure réalisée par Rothschild & Co. ; c’est lui encore qui, plus tard, conduit l’acquisition des hôtels Méridien par Forte ou de Luxottica par Ray-Ban. De leur cote, Nicolas Bazire et Christian de Labriffe s’imposent comme des « piliers » du département fusions et acquisitions de la banque. A_ la fin des années 1990, Rothschild&. Co. est certes plus petite que sa rivale Lazard, mais elle a fait sien son modèle de développement.
Plus professionnelle, plus ouverte sur l’extérieur et très active à l’international, elle est devenue l’un de ses
plus redoutables concurrents …
En 1993 un membre de la dynastie a également rejoint la Banque Rothschild comme associé : Édouard, Je fils de Guy de Rothschild et de Marie-Hélène van Zuylen van Nyev,elt et donc le demi-frère de David. Né en 1957, formé aux Etats-Unis il a commencé sa carrière dans un petit établissement de Wall Street la banque d’investissement Wertheim, avant de travailler quelque temps aux côtés de son oncle Jacob à Londres. Comme tous les Rothschild, c’est un passionné de chevaux. Il les élève dans les haras de son père à Meautry et les fait courir sur les principaux champs de course. A venue Matignon, il rejoint le département des fusions acquisitions, ce qui lui vaut de par iciper à des opérations l’envergure comme le rachat de Pathé par Jérôme Seydoux, en 1999. À bien des égards, son arrivée parachève le changement de génération qui s’est opéré à la tête des affaires familiales depuis les années 1980. Alain de Rothschild est mort en 1982 à New York où il s’était installé après la victoire